Vous êtes au bureau, devant votre écran, et pourtant… rien. Pas de défi, absence de stimulation, manque de travail. Les heures défilent lentement, rythmées par des tâches répétitives ou, pire encore, par l’absence totale de missions. Cet état d’ennui au travail a un nom : le bore out.
Longtemps passé sous silence, ce syndrome représente une véritable souffrance professionnelle. Là où le burn out traduit un épuisement lié au surmenage, le bore out, lui, tire sa source d’une sous-charge chronique et d’une perte progressive de motivation. Beaucoup de salariés en situation de bore out vivent cela dans la culpabilité, persuadés qu’ils n’ont « pas le droit » de se plaindre. Après tout, comment oser dire à son entourage que l’on souffre parce qu’on ne travaille pas assez ?
Toutefois, les effets psychiques et physiques sont bien réels : perte d’estime de soi, fatigue, anxiété, tristesse, isolement. À long terme, ce désengagement peut mener à une dépression, à une stagnation de carrière, voire à une rupture professionnelle difficile à surmonter.
Je vous propose un guide pratique pour comprendre ce qu’est le bore out, en repérer les signes et surtout découvrir les solutions concrètes pour sortir de cette spirale. Car au-delà du malaise, le bore out peut aussi être l’occasion de repenser sa carrière, de redonner du sens à son travail et d’oser une évolution professionnelle en phase avec ses valeurs et ses compétences.
Le bore out : un phénomène encore trop tabou
Définition et différences avec le burnout et le brown-out
Le bore out est un syndrome identifié dans les années 2000 par Peter Werder et Philippe Rothlin. Il décrit la souffrance liée à l’ennui au travail, quand un salarié est en sous-charge et manque de stimulation intellectuelle.
À distinguer :
- Burn out = trop de travail → épuisement.
- Bore out = pas assez de travail, monotonie ou missions dévalorisantes → ennui destructeur.
- Brown out = perte de sens et d’intérêt → démotivation.
👉 Ces trois syndromes sont des risques psychosociaux qui menacent la santé mentale et la vie professionnelle.
Historique et apparition du concept
Le bore out s’est développé avec l’évolution du travail tertiaire et certaines réorganisations d’entreprise. Résultat : des salariés maintenus sur des postes aux tâches difficilement quantifiables ou des missions qui ne correspondent pas au potentiel de leurs compétences.
Après une fusion de deux entreprises alsaciennes, plusieurs employés ont gardé leur emploi, sans redéfinition de leurs fiches de poste. Ils se sont vus contraints d’ « occuper leurs journées » au quotidien.
Pourquoi l’ennui au travail est-il vécu comme une honte ?
Le bore out reste un tabou. Beaucoup de salariés se sentent coupables :
- « Comment me plaindre alors que je suis payé à ne rien faire ? »
- « Mes collègues croulent sous les missions et moi, je n’ai rien à faire… »
- « Je devrais être reconnaissant, mais je me sens inutile. »
👉 Ce sentiment de honte empêche souvent d’en parler et rend le bore out dangereux. La souffrance est réelle et s’installe en silence avec des effets durables sur la motivation et l’état de santé psychique.
Comment reconnaître une situation de bore out ?
Identifier le bore out n’est pas toujours simple. Beaucoup de salariés confondent ce syndrome avec une simple période de démotivation passagère. Pourtant, il existe des causes récurrentes et des symptômes précis qui permettent de mieux comprendre ce qui se joue.
Les causes organisationnelles
Le bore out trouve souvent son origine dans l’organisation du travail. Parmi les facteurs les plus fréquents :
- La sous-charge de travail chronique : un salarié se retrouve avec très peu de missions à accomplir. Il passe plus de temps à « meubler » ses journées qu’à réellement travailler.
- Une mauvaise répartition des missions : certains collaborateurs croulent sous les tâches alors que d’autres se sentent mis de côté. Cette inégalité alimente frustration et culpabilité.
- Un management inadapté : absence de communication, manque de clarté dans les objectifs, consignes floues… autant d’éléments qui génèrent un sentiment d’inutilité.
Sophie, assistante administrative dans une PME industrielle à Mulhouse, me racontait que depuis la mise en place d’un logiciel de gestion, la moitié de ses tâches avaient disparu. Son poste n’avait pas été repensé et elle passait désormais ses journées à vérifier des dossiers déjà automatisés.
Les causes individuelles
Le bore out peut aussi être lié à des facteurs plus personnels :
- Le manque de stimulation intellectuelle : certaines personnalités ont besoin de défis, de projets, de nouveauté. Sans cela, la routine devient pesante.
- La déconnexion entre compétences et missions : un salarié hautement qualifié se voit confier des tâches basiques qui ne mobilisent pas ses compétences.
- La quête de sens : les personnes sensibles au développement personnel ou désireuses d’apporter de la valeur à la société souffrent davantage si leur travail leur paraît « vide de sens ».
Julien, un ingénieur de 34 ans d’Haguenau, m’expliquait que depuis son intégration dans un grand groupe, il n’avait jamais pu utiliser ses compétences en innovation. On lui confiait uniquement du reporting. Résultat : un fort sentiment de frustration et de sous-utilisation ayant entrainé une perte de confiance en lui.
Les causes contextuelles
Certains environnements favorisent le bore out :
- Les secteurs répétitifs (administratif, production, logistique) où les tâches manquent de variété.
- Les environnements hiérarchiques rigides où l’initiative individuelle est découragée.
- Les situations de réorganisation : fusions, rachats, mutations internes où des postes se retrouvent appauvris.
- Le contexte économique : certains secteurs professionnels peinent à remplir leurs carnets de commandes et leurs salariés n’ont plus de quoi s’occuper.
Dans une entreprise alsacienne, la mutualisation des services administratifs au niveau régional a profondément modifié l’organisation. Certaines ressources humaines, auparavant indispensables, se sont retrouvées en doublon : leurs tâches ont été transférées ailleurs et leur activité quotidienne s’est réduite à quelques missions mineures. Conséquence : des postes toujours occupés mais vidés de leur substance, laissant les salariés avec un fort sentiment d’inutilité.
Les symptômes du bore out
Le bore out se manifeste progressivement et peut toucher plusieurs dimensions :
- Psychologiques : lassitude, tristesse, anxiété, démotivation, perte d’estime de soi.
- Physiques : fatigue chronique, troubles du sommeil, maux de tête, douleurs diffuses.
- Comportementaux : procrastination, désengagement, isolement, cynisme.
👉 Un signe très révélateur : « faire semblant d’être occupé ». Beaucoup de salariés expliquent passer du temps à jongler entre mails, réseaux internes, tâches sans importance, uniquement pour donner l’impression d’être actifs.
Les signaux faibles à ne pas négliger
Le bore out s’installe insidieusement. Parmi les signes avant-coureurs :
- Regarder l’heure toutes les dix minutes.
- Ressentir une impression de vide malgré un emploi stable.
- Trouver des stratégies pour « tuer le temps » (scrolling sur internet, discussions interminables à la machine à café).
- Se sentir coupable d’être payé sans contribuer réellement.
Isabelle, 42 ans, employée dans une agence de voyages de l’Eurométropole, me confiait qu’elle passait parfois des après-midis entiers à relire des dossiers déjà validés, juste pour donner l’illusion d’activité. Elle évoquait un sentiment de honte qui l’empêchait d’en discuter avec ses collègues.
👉 Ces signaux, s’ils sont ignorés, conduisent à une véritable souffrance professionnelle. Le salarié en bore out n’est pas seulement « ennuyé » : il est en train de perdre progressivement sa motivation, son énergie et parfois même son identité professionnelle.
Les conséquences du bore out sur la santé et la carrière
Le bore out n’est pas une simple « phase d’ennui » passagère. Lorsqu’il s’installe durablement, il entraîne des effets profonds et délétères sur la personne et sa trajectoire professionnelle.
Sur la personne : une souffrance silencieuse mais réelle
Vivre un bore out, c’est se confronter à une perte de repères et à un sentiment d’inutilité. Cette impression d’être « de trop » au sein de l’entreprise fragilise la santé physique et mentale du salarié :
- Stress chronique : même si la charge de travail est faible, le stress naît du décalage entre ce qu’on pourrait accomplir et ce qu’on réalise réellement.
- Fatigue et troubles du sommeil : paradoxalement, ne rien faire fatigue. Les journées interminables provoquent une usure psychique et des insomnies liées à l’angoisse de « ne pas servir à grand-chose ».
- Perte d’estime de soi : l’impression d’être inutile altère la confiance en soi et peut mener à une dépression.
- Douleurs physiques diffuses : maux de dos, tensions musculaires, migraines liées à la sédentarité et au stress latent.
Nathalie, 37 ans, cadre dans une grande entreprise de services à Strasbourg, me disait avoir pris 12 kilos en deux ans. « Je compensais mon ennui par le grignotage, et chaque soir, je ressentais un réel épuisement physique, sans avoir pourtant rien fait de stimulant. »
Sur la carrière : stagnation et désengagement
Un salarié en bore out ne développe plus ses compétences. À force d’être sous-utilisé, il perd :
- Sa motivation : il ne se projette plus dans l’avenir.
- Ses opportunités d’évolution : pas de nouveaux projets = pas de montée en compétences.
- Son engagement : il se désinvestit, adopte une posture passive, parfois aigrie.
Cette stagnation conduit souvent à un turnover ou à une rupture brutale (démission, rupture conventionnelle, licenciement). Pour certains, le bore out devient même un déclencheur de reconversion professionnelle, souvent subie plutôt que choisie.
Karim, 44 ans, technicien dans une entreprise de logistique à Mulhouse, me racontait avoir « perdu cinq ans » dans un poste où il n’avait quasiment rien à faire. Lorsqu’il a commencé à chercher autre chose, il avait du mal à justifier cette période devant les recruteurs.
Études et chiffres clés
Si le bore out reste moins documenté que le burnout, certaines enquêtes donnent la mesure du phénomène.
En France, près de 6 salariés sur 10 estiment ne pas exploiter pleinement leurs compétences (enquête Qualisocial 2024).
👉 Le bore out n’est pas marginal : il concerne des milliers de travailleurs en France, souvent sans qu’ils en aient conscience.
5 pistes pour sortir du bore out et en faire une opportunité de transformation
Même si la situation peut sembler bloquée et pesante, il existe des solutions concrètes pour retrouver énergie, sens et motivation. L’ennui au travail peut même devenir le déclencheur d’une nouvelle étape professionnelle.
1. Les solutions à court terme : reprendre pied au quotidien
Quand l’ennui s’installe, la première étape est de reconnaître les signaux faibles et d’oser en parler.
- Dialoguer avec son manager : aborder ses ressentis, demander de nouvelles missions, clarifier les attentes. Souvent, l’employeur n’a pas conscience de la situation.
- Redonner du sens au quotidien : se fixer de petits projets annexes, suivre une formation interne, proposer une amélioration de process. Même un sujet basique peut redevenir stimulant s’il est relié à un objectif clair.
- Aménager ses journées intelligemment : alterner périodes de travail, pauses, moments de créativité pour éviter la monotonie.
Élodie, 32 ans, employée de bureau à Schiltigheim, a proposé de moderniser le système de classement des dossiers de son service. Un projet simple, mais qui lui a redonné une impression d’utilité et a relancé sa motivation.
2. Les solutions à moyen terme : réaménager son poste et ses missions
Pour sortir durablement du bore out, il est nécessaire d’adapter son poste à ses compétences et à ses aspirations.
- Rééquilibrer la charge de travail : discuter avec le manager pour partager des missions avec les collègues en surcharge de travail.
- Monter en compétences : demander une formation qualifiante, se spécialiser dans un domaine précis, prendre part à un projet transverse.
- Se fixer des objectifs stimulants : plutôt que d’attendre des consignes, proposer soi-même des axes d’amélioration, des projets d’équipe ou des initiatives personnelles.
Jean, technicien dans le Bas-Rhin, a suivi une formation en maintenance préventive. Initialement cantonné à des tâches répétitives, il a pu élargir son champ d’action et devenir un référent interne.
3. Les solutions à long terme : repenser sa carrière
Si l’ennui persiste malgré les ajustements, le bore out peut être un signal d’alarme utile : et si c’était le moment de repenser son avenir professionnel ?
- Changer de poste en interne : explorer la mobilité dans son entreprise, postuler sur des projets plus dynamiques.
- Envisager une reconversion : utiliser cette période comme tremplin pour identifier ses vraies aspirations.
- Réaliser un bilan de compétences : un accompagnement structuré qui aide à clarifier ses envies, ses forces, et à définir un projet professionnel en cohérence avec ses valeurs et ses aspirations.
Johanna, 49 ans, employée dans un service client à Mulhouse, a vécu un bore out pendant deux ans. Grâce au bilan de compétences que nous avons mené, elle a identifié son goût pour la pédagogie et a osé entamer une reconversion comme formateur professionnel. Aujourd’hui, elle dit avoir « retrouvé le plaisir de travailler et la fierté de contribuer ».
4. Prévenir le bore out : installer de bonnes pratiques
Au-delà de la sortie de crise, il est essentiel d’éviter les rechutes et de développer une posture proactive :
- Développer son assertivité : savoir dire non, exprimer ses besoins, poser des limites.
- Évaluer régulièrement sa satisfaction au travail : faire un point tous les six mois pour identifier les signaux de démotivation.
- Prendre soin de son équilibre vie pro / vie perso : sport, loisirs, relations sociales permettent de garder de l’énergie et du recul.
- Entretenir un dialogue ouvert avec l’employeur ou les RH pour anticiper les difficultés.
5. Transformer l’ennui en opportunité
Le bore out, bien que douloureux, peut être perçu comme une phase de transition. En obligeant à prendre conscience d’un manque de sens, il invite à réfléchir à ce qui compte vraiment.
- Certains y voient l’occasion de changer de métier.
- D’autres choisissent de réorienter leur carrière dans le même secteur, mais avec des missions plus alignées.
- D’autres encore trouvent un nouveau souffle simplement en redéfinissant leurs priorités.
Claire, 35 ans, employée dans une grande banque à Strasbourg, a profité de son bore out pour suivre une formation en design. Aujourd’hui, elle a intégré une start-up locale où elle se sent pleinement engagée. « Sans ce passage à vide, je n’aurais jamais osé me lancer ».
👉 En résumé, le bore out n’est pas seulement une situation difficile : il peut devenir une opportunité de croissance personnelle et professionnelle, à condition de l’identifier à temps, de l’accepter sans honte et d’engager un processus de changement adapté à son profil.
Le bore out n’est pas une fatalité
S’il reste un sujet méconnu et parfois tabou, l’ennui au travail touche de nombreux salariés en France. Derrière, se cache souvent une grande souffrance silencieuse, une perte de sens et un sentiment de culpabilité difficile à vivre au quotidien.
Pourtant, cette situation peut être le point de départ d’un changement positif. Revoir ses missions, dialoguer avec son manager, développer de nouvelles compétences ou même repenser toute sa trajectoire professionnelle : autant de leviers qui permettent de transformer cette épreuve en opportunité.
👉 Si vous vous reconnaissez dans cette description, si vous traversez vous-même une situation d’ennui au travail ou si vous sentez poindre les premiers signes d’un bore out, je peux vous aider.
Ensemble, nous pouvons faire le point sur vos forces, vos envies et vos valeurs grâce à un bilan de compétences personnalisé.
🎯 L’objectif : vous permettre de reprendre les rênes de votre carrière professionnelle, de retrouver confiance en vous et d’avancer vers un emploi qui vous correspond pleinement.

(l’ensemble des prénoms dans les exemples donnés dans cet article ont été changés)


