Chaque été, les épisodes de canicule et de fortes chaleurs deviennent plus fréquents en particulier à Strasbourg et dans toute l’Alsace. Pour les employeurs, la question n’est plus de savoir si leur entreprise sera confrontée à ces situations, mais comment protéger efficacement leurs salariés.
Au-delà du simple inconfort, l’exposition à la chaleur peut avoir des conséquences importantes sur la santé des travailleurs : déshydratation, malaises, épuisement, voire coup de chaleur pouvant nécessiter une prise en charge médicale urgente.
Face à ces risques, les employeurs ont l’obligation de mettre en place des mesures de prévention adaptées afin de garantir la sécurité et la santé de leurs collaborateurs.
Quelles sont les obligations légales ? Quels dispositifs mettre en œuvre ? Quels risques encourt l’employeur en cas de manquement ?
Voici l’essentiel à connaître.
Pourquoi la chaleur constitue-t-elle un risque professionnel ?
La chaleur excessive est un facteur de risque professionnel à part entière.
Lorsque les températures augmentent, l’organisme doit fournir un effort supplémentaire pour maintenir sa température interne. Cette situation peut entraîner :
- une baisse de vigilance ;
- une diminution des capacités physiques ;
- une augmentation du risque d’erreur ;
- une hausse du risque d’accident du travail.
En Alsace, les salariés travaillant en extérieur, en atelier, en entrepôt, sur chantier ou à proximité de sources de chaleur sont particulièrement exposés.
Toutefois, les salariés de bureau ne sont pas épargnés lorsque les locaux deviennent difficilement supportables.
Quels sont les symptômes à surveiller ?
Les principaux signes d’alerte sont :
- fatigue inhabituelle ;
- maux de tête ;
- vertiges ;
- nausées ;
- crampes musculaires ;
- soif intense ;
- confusion ;
- perte de connaissance.
Ces symptômes doivent conduire à une réaction immédiate de l’encadrement.
Quelles sont les obligations de l’employeur en cas de canicule ?
L’obligation de sécurité prévue par le Code du travail impose à tout employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs.
Cela signifie que l’employeur doit :
- identifier les risques ;
- les évaluer ;
- mettre en place des mesures de prévention adaptées ;
- informer et sensibiliser les salariés.
Cette obligation existe même lorsqu’aucune vigilance canicule n’est déclenchée par les autorités ou en l’absence d’accidents liés à la chaleur.
Le DUERP doit intégrer le risque lié à la chaleur
Le risque lié aux fortes chaleurs doit être pris en compte dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels.
L’employeur doit analyser :
- les postes exposés ;
- les conditions de travail ;
- les horaires ;
- les moyens de prévention existants.
Pour rappel, l’absence de DUERP ou de mise à jour régulière expose l’employeur à des sanctions administratives immédiates et pénales.
Quelles mesures de prévention mettre en place ?
Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur liste ainsi, de manière non exhaustive, les leviers de prévention à la disposition de l’employeur. Quelques exemples :
- modifier l’aménagement et l’agencement des lieux et postes de travail ;
- adapter l’organisation du travail (notamment les horaires) ;
- augmenter, autant que nécessaire, l‘eau potable fraîche mise à disposition ;
- informer et former les salariés sur la conduite à tenir en cas de forte chaleur et sur l’utilisation correcte des équipements de travail et des équipements de protection individuelle (EPI).
La prévention repose donc sur plusieurs leviers complémentaires. Ces leviers sont à adapter en fonction de l’intensité de la vague de chaleur et de la vulnérabilité des salariés notamment les plus âgés.
Mettre de l’eau fraîche à disposition
Les salariés doivent pouvoir accéder facilement à de l’eau potable et fraîche tout au long de la journée.
L’hydratation régulière constitue l’un des moyens les plus efficaces de prévenir les risques liés à la chaleur.
En l’absence de point d’eau courante à proximité immédiate du poste de travail comme un chantier mais aussi dans un véhicule de livraison, la fourniture gracieuse de bouteilles d’eau devient obligatoire et fixée a minima à 3 litres par jour et par personne.
Adapter l’organisation du travail
Selon l’activité, il peut être pertinent de :
- modifier les horaires ;
- avancer certaines tâches au début de journée ;
- limiter les efforts physiques aux heures les plus chaudes ;
- augmenter la fréquence des pauses;
- augmenter les jours de télétravail;
- diminuer voir arrêter le travail grâce aux dispositifs d’intempérie ou d’activité partielle.
Aménager les locaux
L’employeur doit également veiller à :
- limiter les apports de chaleur ;
- favoriser l’aération ;
- utiliser des dispositifs de ventilation ou de climatisation lorsque cela est possible ;
- mettre à disposition des espaces rafraîchis.
Informer les salariés
La sensibilisation des équipes constitue une mesure de prévention essentielle.
Chaque salarié doit connaître :
- les risques liés à la chaleur ;
- les symptômes à identifier ;
- les comportements à adopter ;
- les procédures d’alerte en cas de malaise.
Une note de service diffusée en début de période de canicule rappelant à tous les mesures mises en place dans l’entreprise, les symptômes à surveiller et la nécessité de s’hydrater régulièrement est une mesure de prévention incontournable que l’on retrouve dans les TPE-PME en Alsace.
Quel est le rôle du CSE face aux épisodes de canicule ?
Lorsque l’entreprise dispose d’un Comité Social et Économique (CSE), celui-ci doit être associé aux questions relatives à la santé, à la sécurité et aux conditions de travail.
Le CSE peut notamment :
- remonter les difficultés rencontrées sur le terrain ;
- proposer des mesures de prévention ;
- participer à l’analyse des risques ;
- contribuer à l’amélioration des conditions de travail.
Il est donc pertinent d’ajouter aux ordres du jour des CSE se déroulant en période de canicule ou de forte chaleur un point sur la situation, les difficultés rencontrées sur le terrain et des propositions d’amélioration des conditions de travail afin de s’assurer que les salariés puissent exercer leurs missions dans des conditions les moins dégradées possibles.
La responsabilité du dirigeant peut-elle être engagée ?
Oui. Sans aucun doute.
En cas d’accident ou de malaise lié à la chaleur, l’employeur peut voir sa responsabilité engagée s’il n’a pas pris les mesures de prévention nécessaires.
L’Inspection du travail, la Carsat ou encore le Conseil de Prud’hommes peuvent examiner :
- l’existence du DUERP ;
- les actions de prévention mises en œuvre ;
- l’information délivrée aux salariés ;
- les mesures d’organisation du travail.
Un défaut de prévention peut entraîner des conséquences financières, civiles voire pénales. L’inspection du travail, si elle constate l’absence de mesures liées à des vagues de chaleur, peut mettre en demeure l’employeur de les établir sous 8 jours. La marque employeur peut se trouver grandement écornée en laissant passer un message aux salariés que leur bien être au travail en période de canicule ou de forte chaleur est secondaire.
Un malaise lié à la chaleur peut-il être reconnu comme accident du travail ?
La réponse est oui.
Lorsqu’un salarié est victime d’un malaise survenu par le fait ou à l’occasion du travail, celui-ci bénéficie en principe de la présomption d’imputabilité au travail.
Un coup de chaleur, une déshydratation ou un malaise survenu sur le lieu de travail peuvent ainsi être reconnus comme accidents du travail.
Cette reconnaissance peut avoir des conséquences importantes pour l’entreprise, notamment en matière de taux de sinistralité et donc des cotisations AT/MP.
Enfin un malaise n’est jamais anodin et ses conséquences peuvent aller du simple coup de fatigue au décès.
Les bonnes pratiques à mettre en œuvre dès aujourd’hui
Même en dehors des périodes de vigilance canicule, il est recommandé aux employeurs :
- d’actualiser leur DUERP ;
- d’identifier les postes les plus exposés ;
- de formaliser une procédure en cas de fortes chaleurs ;
- d’informer les salariés ;
- d’associer le CSE lorsque celui-ci existe ;
- de sensibiliser les managers aux signes d’alerte.
La prévention reste le meilleur moyen d’éviter les accidents et de préserver la santé des équipes.
Anticiper la canicule, une démarche de prévention indispensable
Les épisodes de chaleur extrême sont désormais une réalité durable pour les entreprises alsaciennes.
Au-delà de l’obligation réglementaire, la prévention des risques liés à la canicule constitue un véritable enjeu de performance, de qualité de vie au travail et de responsabilité sociale.
Mettre à jour son DUERP, informer ses salariés et adapter son organisation permet non seulement de respecter ses obligations légales, mais également de protéger efficacement son capital humain.
Besoin d’un accompagnement pour mettre à jour votre DUERP, évaluer vos risques professionnels ou structurer votre démarche de prévention des risques liés à la chaleur ?
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